1. Origines

2. Troubles et émotions : Etude de syndromes

a. Syndromes entraînant des déficits

b. Troubles de l’humeur

c. Autres troubles



1. Origines

  • Psychiques

Les origines psychiques des pathologies sont caractérisées surtout par les névroses*. Il faut savoir qu’elles représentent la plupart des cas. On distingue les névroses en plusieurs groupes dont les névroses hystériques, phobiques ainsi que les névroses émotionnelles, qui peuvent entraîner des pathologies.

Les névroses sont des troubles mentaux plutôt mineurs, qui peuvent affecter la personne sur son comportement. Elles n’ont pas de traces organiques, c’est-à-dire qu’elle ne sont observables qu’au niveau psychique. Le malade est néanmoins conscient d’être atteint de troubles et essaye de comprendre leurs causes et comment lutter contre. Il ne ressent à priori pas de modification de la perception au niveau de la vie sociale, ne souffre pas d’un manque de réalité. Les névroses phobiques n’ont été que très tard reconnues comme à part entière. Elles dévoilent des phobies chez un individu au niveau des êtres vivants en général (personnes, animaux) mais aussi objets, et choses spécifiques à chacun. Elles amènent quasiment toujours le malade à exercer une stratégie : éviter, ou être rassuré sont des points qui permettent de fuir ses phobies. Autres névroses sont assimilables à des détournement de la pensée, ce qui pousse le malade à exécuter des actions dictée par une contrainte interne.

Il faut aussi préciser que les origines psychiques des pathologies sont les plus fréquentes.

  • Origines multifactorielles

Les origines multifactorielles sont la deuxième cause des pathologies liées aux émotions, après les origines psychiques. Facteurs de l’environnement, génétique y jouent un grand rôle. Le niveau environnemental se définit par des troubles sociaux, familiaux… et beaucoup mènent par exemple à la schizophrénie, qui touche 1% de la population, aux discordances1

  • Traumatiques

Les origines traumatiques sont présentes, mais relativement rares. On les rencontre à travers des personnes dont l’histoire a retenu le nom. Les origines traumatiques sont dues à des traumatismes créés par des objets… souvent extérieurs.

L’histoire, justement, s’est souvenue d’un nom, et il reste aujourd’hui très connu dans le domaine de la psychiatrie. Il illustre le syndrome frontal. Phineas Gage.

Phineas Gage avait 25 ans lors de son accident. Nous sommes au XIXème siècle, et celui-ci est contremaître sur un chantier ferroviaire dans le Vermont, USA. Muni d’une longue barre de fer, il posait de la dynamite. Celle-ci toucha un rocher, qui fit exploser la dynamite. Sous le choc, cette barre de plus de 6 kg et de 9 cm de diamètre lui pénétra dans la tête, en passant sous l’œil gauche, et ressortit par l’autre coté du crâne. Elle lui perça une partie du cerveau, justement le lobe frontal, d’où le nom de syndrome frontal. Son médecin le soigna comme il put, et, malgré une infection, il survécut miraculeusement à son accident. Mais il avait changé :

Il [Phineas Gage]est d’humeur changeante et insolent, se laissant parfois aller à la plus grande grossièreté (ce qu’il ne faisait jamais avant), manifeste peu de considération pour ses camarades, ne supporte pas les contraintes et les conseils quand ils sont en conflits avec ses propres désirs, parfois particulièrement obstiné […]. Sa personnalité a radicalement changé, à tel point que ses amis et ses relations disent que « ce n’est plus Gage ».

Ainsi il fut atteint du syndrome frontal, c’est-à-dire que la barre avait traversé la partie frontale de son cerveau, zone du cerveau très importante dans les émotions et les comportements. Il est un cas, mais il y a encore beaucoup d’autres personnes qui ont eu une histoire plus ou moins semblable avec des symptômes constatés dans le domaine des émotions.

  • Infectieuses

Les origines infectieuses se manifestent, comme leurs noms l’indiquent, par des infections qui peuvent toucher certaines régions du cerveau. Ces infections sont à l’origine de la mort des cellules des lobes frontaux notamment, et elles peuvent soit affecter le malade de façon surprenante quant à ces émotions et comportements, où lui faire perdre une partie de ses sentiments.

  • Tumorales

L’origine peut aussi être tumorale (liée aux tumeurs). Il s’agit bien sûr des tumeurs au niveau du cerveau, dites aussi intracrâniennes, et les symptômes constatés sont en fonction de la taille, de l’importance des tumeurs. Elle peuvent entraîner un syndrome frontal2.

Les tumeurs, en grandissant, agissent par compression : les cellules ainsi comprimées peuvent donc mourir. Le traitement des tumeurs est souvent chirurgical, ainsi on peut mettre un lien avec les origines chirurgicales3.

  • Vasculaires

Les origines vasculaires sont aussi à prendre en compte. En effet, les accidents vasculaires sont des accidents qui se caractérisent par l’arrêt de circulation sanguine au niveau du cerveau de manière très brutale, dus le plus souvent à des caillots de sang, appelés aussi embolies.

Les caillots ambulants circulent dans le sang et finissent par boucher une ramification artérielle. Les origines sont alors indirectes : une embolie peut créer des lésions dans certaines zones du cerveau. Par exemple, lors de l’embolie pulmonaire peut, en bloquant une artère qui irrigue le poumon avoir des conséquences sur le cerveau. Ici encore, si la zone du système limbique est touchée, on peut aboutir à une origine vasculaire pour les pathologies. Les accidents peuvent mener à des handicaps ou des démences, ainsi qu’à des pathologies liées aux émotions.

  • Dégénératives4

Les origines dégénératives mènent à la démence, appelée aujourd’hui aussi schizophrénie, et à la maladie de Parkinson, et d’Alzheimer notamment, pour ne citer que les plus connues. Elles sont causées par la dégénérescence des cellules au niveau du cerveau qui mènent ainsi un dysfonctionnement dans le système de régulation du taux de neurotransmetteurs.

  • Chirurgicales

Une origine des pathologies liées aux émotions est chirurgicale.

On la rencontre notamment dans le syndrome de Klüver-Bucy. Ce syndrome a été décrit par Heinrich Klüver et Paul Bucy.

Mis en évidence sur des singes opérés (ablation* des lobes temporaux ou lobectomie temporale), il se caractérise par plusieurs symptômes longuement observés et interprétés. Les singes atteints de ce syndrome étaient touchés par ce que l’on appelle la cécité psychique. Explications : des objets assez courants étaient placés dans la cage de singes opérés. Ces derniers les regardaient et ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’ils s’en approchaient, plutôt intrigués, pour finalement les porter à la bouche, reconnaissance par voie orale. Même les aliments étaient mis en bouche avant de les avaler, comme si leur reconnaissance visuelle ne leur suffisait plus. De plus, ils manifestaient d’autres symptômes comme une hypersexualité, et leur peur habituelle due à leur instinct de survie avait été considérablement réduite. Ils se laissaient toucher par les hommes et leurs prédateurs naturels. Leurs émotions ont aussi été affectées.

Ce syndrome est aussi constatable chez les hommes atteints de lésions du lobe temporal. Ils manifestent alors les mêmes symptômes que les singes. Ainsi des opération chirurgicales peuvent amener à des troubles du comportement (sexuel entre autres), des troubles émotionnels, et une cécité psychique. Klüver et Bucy ont qualifié par le terme de hypermétamorphose, le caractère de ne pouvoir rester en place et de devoir reconnaître tout objet ou être par la voie orale.

La rage simulée est un important phénomène ici encore mis en évidence avec des animaux. Des chats et chiens, sur lesquels on procédait préalablement à l’ablation des hémisphères cérébraux avaient un comportement totalement modifié. En effet, par simple contact, ils pouvaient devenir agressifs et sauter sur tout ce qui bouge. On a appelé ce syndrome la rage simulée ou fausse rage, étant assez proche au niveau comportemental de la rage. Ainsi on a encore pu constater que l’on pouvait être en présence de la rage simulée si la partie antérieure de l’hypothalamus et le cortex étaient touchés. Si à ces lésions se rajoute celle de la partie supérieure de l’hypothalamus, la fausse rage n’est plus observable.

En dehors des changements de comportement des animaux, on a pu aboutir à penser que la partie supérieure de l’hypothalamus avait sûrement des fonctions importantes dans les phénomènes de la colère et de l’agressivité.

Depuis les découvertes de Klüver-Bucy et le cas de Phineas Gage, des praticiens ont tenté, au XXème siècle, d’utiliser la chirurgie afin de traiter les troubles graves du comportement émotionnel.

Le Docteur Egas Moniz a été un des cliniciens à pratiquer la lobotomie frontale. Celle-ci, sans explications vraiment théoriques, avait pour but de détruire ou d’endommager une partie du cerveau responsable des émotions : notamment en créant des lésions frontales ou au niveau des structures limbiques. Comment pouvait-on détruire les systèmes des émotions ?

La lobotomie transorbitale se base sur l’introduction d’un bistouri à travers la paroi fine osseuse du sommet de l’orbite. En tournant le bistouri sur son axe vertical, on détruisait beaucoup de cellules du lobe frontal des patients, un peu de manière aléatoire et à « l’aveuglette » il faut le préciser…

Bien sûr, une telle opération chirurgicale ne restait pas sans séquelles et très vite, on s’est rendu compte que non seulement les émotions étaient lourdement perturbées (c’était en fait l’effet désiré), mais que le système du raisonnement des personnes se voyait modifié, ainsi que d’autres symptômes comme une perte des valeurs morales, des comportements inadaptés, visibles aussi dans le cas de Phineas Gage.

Aujourd’hui, les lobotomies ne se pratiquent plus, on y préfère les thérapies médicamenteuses…


1 voir 2. a. discordance

2 voir les origines traumatiques

3 voir les origines chirurgicales et le syndrome de Klüver-Bucy

4 voir l’annexe sur la maladie de Parkinson